Otacon enfonça sans ciller la porte de chez lui. Après avoir jeté sa mallette au beau milieu du couloir, il se rua dans chaque pièce. Personne.
- Qu’est-ce que ça veut dire tout ça ?
Il se laissa tomber sur une chaise, se martelant la tête de petites claques. Il ne comprenait rien à ce qu’il lui arrivait, et les réponses à ses questions s’enfuyaient.
- Je vais téléphoner à ma belle-mère…
Il décrocha le téléphone et appela le numéro composé, tout en priant pour qu’elle décroche.
- Allo, oui j’écoute ?
- Bonjour, ici Otacon.
- Otacon ! Mais vous ne devriez pas être au bureau ?
- Je… Enfin, c’est une longue histoire. Est-ce que ma femme et mon fils sont chez vous ?
- Comment ? Pourquoi voulez-vous qu’ils soient ici ?
- Bon… Je me suis absenté trois quarts d’heure, et il leur faut une heure trente pour arriver jusqu’à chez vous… Avec un peu de chance, ils ne vont pas tarder. Je peux compter sur vous pour me rappeler quand ils arrivent ?
- Mais… Otacon, bon Dieu, je ne vous comprends pas !
- Je vous expliquerai, ne vous inquiétez pas Madame ! Rappelez moi comme je vous ai demandé okay ?
- Euh… Bien.
Il raccrocha, encore plus inquiet qu’auparavant. Il reprit son carnet de notes, et se mit à examiner note par note, phrase par phrase, page par page…
Des équations s’enchaînaient, mais il ne les vérifiait pas : il savait qu’elles étaient correctes et sans erreur.
« IIIème mois, jour 2. Sujets non atteints par les radiations de magie synthétique. »
Il poursuivit sa lecture.
« IIIème mois, jour 15. Fonction exponentielle identifiée, vérifiée, et validée pour les doseurs intégrés. »
Il tourna les pages, ne s’attardant sur aucune phrase en particulier…
« IIIème mois, jour 28. Synthèse totale d’un échantillon. Taille modulable, adaptable... et contrôlable à souhait. Entrée en masse de la production. »
- Mais pourquoi j’ai perdu deux semaines de ma vie, bordel !
Il envoya valser son carnet de notes au travers de la pièce. Il feuilleta les nombreux papiers qui étaient sur son bureau. Factures, listes de courses, notes personnelles, aides-mémoires... Rien d’intéressant.
Le désespoir et la panique commençaient à l’envahir. Il ne savait plus quoi penser, et il n’avait personne à qui se confier, ou qui aurait pu l’aider… Même sa famille était partie. Et l’avait manipulé. En tout cas, c’est ce qu’il ressentait au plus profond de lui.
Il inspecta ensuite sa bibliothèque, ses livres de métaphysique, de biologie, de théories magiques… et les livres de contes qu’il lisait à son fils. Son fils était passionné par les vieilles légendes concernant le monde. Il y cherchait des réponses aux questions qu’il se posait lorsqu’il regardait l’univers qui l’entourait.
‘Mais, tout ça n’était peut-être qu’un jeu ? Un tissu de mensonges ?’
*
* *
Il partit ensuite dans la chambre de son fils. Il regarda le piano. Il n’avait jamais su en jouer, mais son fils en était un prodige, et il faisait rarement une fausse note. Otacon se remémora l’air qu’il avait entendu ce matin, quand il se réveillait. Il fronça les sourcils, en examinant un point imaginaire, près de la fenêtre.
Ce matin, son fils jouait très mal, et alternait les erreurs de mélodie. Ensuite, il s’était jeté sur lui quand il lui avait dit bonjour.
- Il se passait déjà quelque chose…
Ensuite, il était parti dire bonjour à sa femme.
- Elle n’était pas très agréable…
Il essaya de se rappeler ce qu’elle était entrain de faire, mais il s’y résigna vite : il n’y avait prêté aucune attention.
Une idée lui vint. Il ouvrit à la volée les placards et remarqua l’absence des sacs de voyages, et des affaires principales.
‘Ils n’ont pas pu préparé ça en cinq minutes. Ce matin quand je me suis levé, ils étaient déjà prêts à partir. Ma femme était angoissée à cette idée, et elle ne m’a pas réveillé pour pouvoir finir au plus vite les préparatifs de leur départ. Mon fils aussi appréhendait, et c’est pourquoi il ne jouait pas aussi bien au piano qu’à l’accoutumée. Dès que j’ai quitté la maison, ils sont partis. Mon Dieu…’
Il s’écroula sur le sol, les mains sur le visage. Il n’avait pas envie de pleurer, mais il était totalement perdu.
*
* *
L’heure tournait, et sa belle-mère ne l’avait toujours pas appelé. Il attendait, faisant les cent pas devant le combiné. Il passait et re-passait devant son carnet de notes toujours au sol.
Et une photo qui en avait glissé l’interpella alors. Elle représentait un mécha volant pour lequel il avait travaillé. C’était un modèle standard, pouvant intégrer totalement un homme qui le contrôlait. Ce modèle présentait des épaules arrondies, une protection dorsale et thoracique réunie en une seule coque, dont les fragments étaient articulées intérieurement, c’est-à-dire qu’aucun signe d’articulation n’était visible à l’extérieur, ce qui permettait une meilleur protection en cas de choc. Les ailes du mécha était fixé dans la partie moyenne du dos, à peu près au centre de gravité d’un individu normal. Les extrémités brachiales étaient totalement vierges.
‘C’est normal, vu que c’est moi qui devais les créer. Aujourd’hui, ils devraient intégrées un gant avec doseur et réserve de magie synthétique, permettant de répliquer efficacement des attaques. En tout cas, plus rapidement qu’avec des armes à feu. Ce type d’appareil magique devait être intégré sur tous les méchas, pas seulement les volants.’
Il regarda ensuite la forme du casque. Elle semblait étonnamment humaine, peut-être pour que les soldats supportent davantage ces casques bourrés de technologie.
‘Quelque chose ne colle pas…’
*
* *
Le téléphone sonna. Il se précipita pour décrocher, laissant tomber la photographie du mécha volant sur le sol.
- Allo ?
- Mr Otacon…
- Qui êtes-vous ?
- Ecoutez-moi bien Mr Otacon…
Cette voix lui rappelait quelqu’un. Impossible de dire qui avec la déformation de la communication téléphonique.
- … Il faut que vous annonciez la vérité.
Otacon sentit son sang geler au sein de ses veines.
- Mais… de quoi parlez-vous ?!
- Nous savons tous deux de quoi je veux parler.
- Directeur ? C’est vous ?
- Non, non. Depuis quand le Directeur est-il au courant de votre petit… jeu ?
- Qui êtes-vous ?! Et de quoi parlez-vous ?!
Il s’essuya le front.
- Je suis quelqu’un… qui a su quelque chose.
- … Quoi ?! Mais c’est impossible !!!
Et le silence lui répondit. Otacon tremblotait. Il secoua la tête et se reprit vite. Il raccrocha.
‘« Je suis quelqu’un qui a su quelque chose. » … « Quelqu’un qui a su quelque chose. »
Un petit jeu ? Mon petit jeu ? Dites moi que je rêve !
…
Pourvu… que ce ne soit pas ce que je pense.’
*
* *
Il caressa le piano de son fils, en pleine réflexion. Il s’assit sur le tabouret qui était devant, et leva le cache des touches. Quelques partitions y traînaient. Il les saisit et les regarda.
‘Il les a laissées comme je lui avais dit. Bien.’
Il agrippa le haut du piano, et tira la planche… qui ne bougea pas d’un iota. Il parut sourire. Il prit alors une feuille sur laquelle était indiqué un enchaînement de chiffre. Le premier était un ‘4’. Il appuya sur la quatrième touche du clavier. Puis un ‘6’. Il tapota la sixième touche…
Finalement, un petit « clic » se fit entendre. Il souleva d’un doigt le dessus du piano, se leva et regarda à l’intérieur. Tout au fond, en dessous des cordes, se trouvait une petite boîte noire de huit centimètres de large tout au plus.
‘Au moins, je n’ai pas à m’inquiéter pour ça…’’
Il referma le piano.
‘Mais… pourquoi ma famille est-elle partie ? Qui est cet anonyme qui m’a appelé et qui prêtant connaître mon secret ?’
*
* *
Il regarda par la fenêtre, tentant de chercher une réponse à cet afflux de questions.
Un mécha volant passa dans le ciel. Aussitôt, Otacon se précipita dans la rue, pour l’apercevoir. Il était déjà trop loin et il ne le vit pas.
- Hey ! Tout va bien ?
Un militaire l’interrogeait :
- Hey ! Qu’est-ce que vous foutez à enfoncer votre propre porte ?
Otacon regardait le soldat, incrédule :
- Je… Je veux voir de près le mécha volant.
- Hein ? Qu’est-ce que vous me racontez là ?! Rentrez chez vous !
- Je veux voir le mécha !
- Ce ne sont pas des jouets, Monsieur, rentrez chez vous.
- Pas avant d’avoir examiné un mécha !
- Monsieur, rentrez chez vous, on n’a pas que ça à faire !
Le militaire avançait à grands pas vers Otacon.
- Vous voulez que j’emploie la force ou quoi ?!
Otacon sourit :
- Va te faire foutre !
- Alors toi tu ne l’auras pas volé !
Le soldat abattit le manche de son fusil à proximité du civil. Otacon esquiva le coup.
- Elle est belle l’armée de l’Empire ! Ahah !
Il pointa son arme en direction d’Otacon :
- Là, tu dis plus rien, hein ! Allez rentre chez toi, petit !
- Sinon quoi ? Tu vas tirer ? Et tuer un civil ? Et ça te va te coûter l’exécution ça, non ?
- Okay… J’ai besoin de renfort, rébellion de civils !
‘C’est bon, le volant va arriver…’
Et un second soldat de terre arriva :
- C’est quoi le problème !
‘Et m…’
Otacon regarda le second soldat dans les yeux :
- Je veux voir un mécha.
Le militaire prit un air déconcerté et jeta un œil à son partenaire :
- Quoi ? C’est pour un gamin de ce genre que tu m’as appelé ?
- Bah… ouais.
- Abruti, va ! T’as qu’à lui dire que les méchas volants passent toutes les huit minutes au-dessus de ce carrefour.
Il s’éloigna après avoir donné une tape à son collègue qui marmonna :
- Tu peux regarder ça de ta fenêtre, nan ?
Otacon rentra chez lui… et patienta quelques minutes.
*
* *
Et il arriva : un casque difforme, des ailes placées dans le haut du dos, des épaules carrées, un thorax protecteur articulé en extérieur et aucun doseur magique à l’avant-bras… autrement dit, totalement différent de celui de la photographie qu’Otacon possédait.
Otacon ressortit dans la rue :
- Hey soldat !
- Qu’est-ce que tu me veux toi encore ? T’es pas content, tu viens de le voir ton mécha !
- Ils sont tous comme ça ?
- Quoi tous comme ça ?
- Est-ce que tous les modèles sont identiques ?
- Bah ouais, pourquoi ? T’as un problème avec ça ?
- Il y a peut-être un nouveau modèle de prévu pour bientôt ?
- Ah ça non. Je peux te l’assurer. Allez maintenant rentre chez toi.
*
* *
Otacon claqua violemment la porte de chez lui, et regarda une dernière fois la photo sur le sol.
‘Pourquoi le mécha sur lequel j’ai travaillé est différent ? Pourquoi est-il si différent ?’
En comparaison avec celui que l’armée utilisait en ce moment même dans la rue, le mécha de la photo semblait bien plus évolué et sophistiqué…
‘Et en plus avec le doseur magique… C’est bien plus qu’une nouvelle génération, c’est une révolution.’
Il feuilleta à nouveau ses notes.
« Vème mois, jour 14. Entrée en phase terminale. Demain : début de la production en masse »…
‘Si la production en masse a débuté à cette date, les méchas volants devraient déjà être en vol. Une nouvelle énigme s’ajoute…’
- Le Directeur peut avoir des réponses à tout ça… Enfin, peut-être. Je file le trouver…
Otacon se précipita dehors, tout en espérant que le Directeur serait là où il le prévoyait… et en priant pour que son corps ne repose pas déjà sous les décombres du laboratoire.
*
* *
Il était déjà loin quand chez lui, le téléphone sonna.
Chapitre suivant --- Chap. 4 : Des mains de feu
(bientôt disponible)
Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite
Commentaires (1)
1. Nat 19/06/2009
C'est de mieux en mieux!
C'est la première fois que j'entends parler d'une cache dans un piano: une innovation... ingénieuse.
Une preuve de plus que le texte est une réussite: je suis impatiente de connaître la suite.