ATTENTION ! Certains passages de cette nouvelle sont en cours de remaniement, suite à ma participation à un concours de nouvelles !
1.
- J'en sais rien, merde !
- Te fous pas de notre gueule, saleté de pingouin !
- J'suis pas un pingou...
Un nouveau coup de poing s'abattit sur le coin du bec, encore plus violent et plus rapide que le précédent, donnant aux oreilles l'impression qu'un coup de feu venait d'être tiré à trois centimètres du crâne du torturé manchot empereur. Sous l'effet du choc, il sentit sa lourde chaîne en or massif orné d'un « P » d'un poids encyclopédique lui compresser la gorge et lui taillader la nuque.
Essoufflé, le bout des ailes en sang, les serres coupées à la scie et le visage lacéré de coups de poings et de pied, Ping ne semblait toujours pas vouloir attaquer son honneur en balançant miséricordieusement le fin fond de cette histoire.
Il sourit, et son visage ancré d'ironie sous le spot central de la pièce qui le faisait suer comme un jour de canicule à New York, fit s'interroger les enquêteurs.
- Vous saurez rien... dit fièrement le manchot. Rien du tout.
Le tortionnaire principal resserra le poing, mais n'arma pas.
- Et vous savez pourquoi ?
Les deux primates en recul, adossés négligemment au mur du fond, se regardèrent, interloqués.
- Parce que je sais rien.
Ils échangèrent un nouveau regard, et celui de gauche, gratta le sommet dégarni de son crâne blanchâtre.
- Je sais rien... répéta-t-il. J'l'ai croisé vite fait, okay, il y a quelques temps et...
Ce fut comme si une alarme se mettait à hurler dans son for intérieur. Les visages autour de lui se crispèrent, et les deux primates du fond se décollèrent spontanément du mur. Le tortionnaire à la scie ressurgit soudain devant le séquestré, et les deux gardes devant la porte avaient fait un pas en avant.
Le tortionnaire principal porta les deux mains au cou du manchot et serra, laissant échapper un « couiiic » de souffrance alors que les ailes se tendirent par réflexe, enserrées entre les cordes.
- Tu l'as croisé ?! beugla le tortionnaire. Croisé ?!
Il secoua le corps du manchot qui continuait à couiner d'atroces couacs.
- Espèce de putain de volatile à la con !!!
Deux nouveaux éclairs s'abattirent sur sa face couverte de sang.
- Ouais, mon pote... Tu t'es fait avoir on dirait..., siffla le prisonnier.
Le manchot laissa s'échapper une larme qui mourut aussitôt au sein de son plumage. Bon sang, mentir ne lui avait décidément pas réussi et il s'était vendu dans un lapsus impardonnable.
Le garde gauche de la porte portait un béret et un fusil à pompe, dont le canon se retrouva soudainement entre les deux yeux de la bête à plumes. Lui qui avait tant côtoyé de fusils, entendu tant de balles siffler au-dessus de sa tête, lui qui avait tant tué... C'était bien la première fois qu'il avait peur devant une arme. La terreur emplit son âme, et lorsqu'il vit le doigt du primate glisser vers la détente, il crut que ce serait la dernière image qu'il aurait de ce monde.
- Maintenant, raconte nous qui tu es, d'où tu viens, et pourquoi on t'a vu parler avec le lémurien sur le toit de ton immeuble il y a vingt jours, et ce que t'as foutu depuis. Pourquoi t'étais plus chez toi, ce genre de trucs, quoi.
Le canon redescendit lentement, au fur et à mesure que l'urine tentait son plumage, et la détonation surprit tout le monde. Ping sut qu'il ne remarcherait plus jamais comme avant.
2.
« Je m'appelle Ping. Non, ce n'est pas une blague. Je suis un manchot empereur, issu d'un programme de régénération d'espèces en voie de disparition, comme il s'en fait tant d'autres de nos jours. Je suis né avec mes frères à l'hôpital XI de New York, dans le Bronx, de manière tout à fait classique, il y a maintenant vingt-deux ans. Notre fabuleux cadre de vie nous a vite appris à nous démerder seuls et à ne compter sur personne d'autres que notre fratrie. On faisait rien de bien méchant, on vendait de la drogue à droite à gauche pour se faire un peu d'argent de poche, quand les temps étaient durs au magasin de glaces qu'on avait monté ensemble. Avec les récurrentes canicules, c'était une affaire qui marchait plutôt bien, et on vivait fastoche à cinq sur les recettes. Bien sûr, pour le luxe, on repassera, mais bon, c'était toujours ça de pris.
« Et puis un jour avec les frères, on a déconné. L'alcool fait jamais de bons trucs mélangés avec la drogue qu'on vendait. On a buté un écureuil qui voulait contrôler nos papiers. Bien sûr, on les avait pas. Attention, on en a, mais ils étaient chez nous, on est pas des immigrés du Pôle Sud, on est des vrais américains, nous ! Bref, c'est une fois que l'écureuil a poussé son dernier soupir qu'on s'est rendus compte qu'on avait abusé. La chance qu'on a eu, c'est qu'il était sept heures du mat', et à sept heures du mat', les flics se promènent pas avec leur girafe. Ce fut notre seule chance dans l'histoire, mais franchement, on a déconné, et on l'a regretté aussitôt.
« C'est après ça que tout a commencé à foirer pour nous cinq, et l'embrouille c'était que chacun disait qu'il avait à peine taper le flic, et donc qu'il y était pour rien dans la mort de l'écureuil. Moi, je sais que j'ai tapé, et fort en plus, mais je sais même pas si c'est moi qui l'ais tué, ou si c'est un de mes frères. Quand on fait le calcul, on a vingts pourcents de chance chacun de lui avoir mis le coup fatal, mais bon, le truc c'est que personne ne sait qui l'a porté. En gros, on s'est déchirés, nous, les cinq manchots les plus connus et respectés du Bronx.
« Y a Jason qui a tué Kévin et Mike, sûrement après une grosse engueulade; et Kyle a vu la scène, il a essayé d'intervenir et a tiré en même temps que Jason. Quand je suis arrivé, Jason était mort, et Kyle se vidait de son sang. Il m'a soufflé de me barrer, d'aller faire ma vie ailleurs, que même si j'avais pas envie, c'est ce que je devais faire, parce que voilà, sinon j'étais dans la merde et les flics m'arrêteraient.
« Alors j'ai écouté mon frère, et j'ai pas cherché à comprendre les raisons de cette tuerie, non, il fallait pas que j'y pense, mais bien sûr, ça me hante à chaque souffle. Je me suis barré dans un autre quartier de New York, avec autant de fric que possible, et armé des flingues de Kyle et de Jason.
« J'ai jamais entendu parlé de cette histoire dans les journaux là où j'ai migré ensuite. Jamais. Les médias, c'est des enfoirés, et la police aussi, on est jamais au courant de ce qu'il faut, mais d'un côté, sur ce coup-là, c'était cool que l'affaire eut été étouffée.
« Une fois arrivé à Manhattan, j'ai fait deux trois boulots à droite et à gauche, et un soir, quelque chose de dingue m'est arrivé.
« Je fumais ma clope sur le toit de mon immeuble, tranquillement, quand tout à coup... Une petite boule blanche sauta d'un immeuble à un autre à une vingtaine de mètres devant moi. Intrigué, je réfléchis, et je me dis que ça peut pas être un écureuil de la police, parce qu'ils ne sont pas blancs leurs uniformes, mais noir. Alors je retire une latte sur ma clope, et je me dis que c'est peut-être tout simplement un pigeon albinos, et donc, je me prends pas la tête, et j'encrasse mes poumons d'une nouvelle taffe.
« Et là, soudain, le truc blanc bondit de l'immeuble en face, directement devant moi. Un truc pas plus haut que ça, tout maigrichon, avec d'immenses oreilles me fixait là, de ses yeux verts noisettes, les mains crispées, telles celles d'un boxeur prêt à combattre. Il semblait pas très athlétique, mais il avait l'air robuste, et ça me faisait une drôle d'impression dans moi-même. Quand il ficha ses yeux dans les miens, j'eus un frisson de malade, et j'ai pas osé bouger ou parler. J'en ai même fait tomber ma clope par terre, et j'ai même pas pensé à la ramasser.
- Aidez-moi... m'a dit l'animal.
- Qu...quoi ? ai-je dit en bégayant parce que j'étais impressionné.
- Les écureuils sont derrièr...
« Une détonation retentit alors, et l'étrange animal rebondit plus loin aussitôt sur l'immeuble d'en face.
« Moi, je me suis barré en courant, parce que les flics, j'avais pas envie de les voir.
« Ensuite, j'ai passé vingt jours du côté du Bronx, pour retrouver mes racines, et j'en suis seulement revenu tout à l'heure.
« J'ai rien d'autre à ajouter, voilà toute l'histoire... »
3.
Le tortionnaire principal baissa les bras, l'air déçu. Les autres membres du gang étaient interloqués.
- Putain, ça correspond ce qu'il dit, lâcha le primate chauve.
- On fait quoi alors ? demanda son coéquipier du mur du fond.
Le flingueur souffla lourdement, tandis qu'au fond de lui-même, le manchot riait aux éclats devant tant de stupidité et de crédulité.
- Je vous l'avais dit qu'on en serait rien, finit-il par dire.
La plupart des primates acquiesça.
- Il est rusé le lémurien, poursuivit-il. Et jamais, il ne s'attachera à parler à quelqu'un. C'était un grand espoir de pouvoir le chopper grâce à ce foutu manchot.
- Les gars, faut admettre qu'on s'est trompés, intervint l'autre garde de la porte.
- Ouais, arrêtons-là le passage à tabac, déclara le tortionnaire principal en faisant claquer volontairement ses gants sur le sol.
La salle se vida lentement, après qu'un primate tortionnaire eut coupé les liens qui retenaient Ping à sa chaise. Aussitôt libéré, il s'écroula lourdement sur le sol, les larmes diluant son propre sang noyant le sol et son plumage. La douleur à sa patte droite le terrassait, et les pensées de mort envahirent soudainement son esprit.
Il repensa à Yago, à Bruce et à ses frères. À ses frères qu'il avait massacrés comme un sauvage, juste pour une histoire de fric.
Il couinait constamment, se tortillant dans la mare qu'avait créé son sang.
Une aiguille sembla s'enfoncer dans sa patte. Il couina encore plus fort, crachant tout ce que sa bouche pouvait contenir en substances corporelles aqueuses.
Et dans un dernier soubresaut, il ferma les yeux et cessa de respirer.
4.
- Putain, c'est quand qu'on arrête de courir, Monsieur le singe albinos ? vociféra Ping alors que les muscles de ses ailes commençaient à le tirailler sévèrement.
Le singe se retourna de façon vivace, et stoppa net.
- On peut faire une pause maintenant, je pense qu'on est assez loin.
Le manchot souffla bruyamment, les pointes des ailes appuyées sur un muret. Il rangea son arme entre ses plumes.
- C'est à cause des plumes que t'as si chaud ?
Ping dévisagea le lémurien.
- T'as jamais vu un manchot empereur ou quoi ?!
- Non, dit le petit primate en bougeant la tête de droite à gauche.
Étonné, Ping se frotta le nez et pointa l'étrange créature du bout de l'aile.
- Et puis d'abord, j'ai jamais vu de truc comme toi non plus !
- Ça, je pense que c'est normal.
- Ah bon ? demanda Ping, intrigué.
- Je suis un lémurien.
L'aile de Ping retomba mollement le long de son corps, et ses yeux semblaient s'extraire de ses orbites. Lémurien ? Avait-il bien entendu ? Alors, c'était pour un lémurien qu'il venait d'abattre froidement trois écureuils, courir et voler (difficilement, vu que ses ailes ne le permettent pas, ah les miracles de l'haltérophilie !) quitte à perdre la vie ?!
- J'y crois pas... laissa-t-il s'échapper.
- Pourtant, c'est bien vrai. Je suis un authentique lémurien.
- Bordel, je pensais jamais que vous ressembliez à ça ! Oh la vache...
Le lémurien s'assit, la queue voltigeant derrière lui.
- Je suis un des rares survivants de mon espèce, comme tu t'en doutes certainement.
- Oui... Oh c'est totalement dingue... Alors, vous êtes donc... ?
- Non, coupa net le lémurien. Le fait que nous sommes le remède de l'épidémie humanisante animale est une mascarade des plus grotesques, et si je suis ici, c'est pour comprendre pourquoi, nous, les lémuriens, sommes accusés d'être un poison au virus qui nous a tous libéré.
- Une mascarade...?
Ping était perdu dans ses pensées, noyé sous un flot brutal d'informations auxquelles il n'avait jamais été préparé.
- Je m'appelle Yago.
- Et moi c'est Ping, enchanté, dit-il à contre-coeur. Bon, maintenant que je t'ai aidé à t'en sortir avec les flics, je vais te laisser, je vais retourner bien tranquillement, chez moi...
- Non ! cria le petit singe. Aidez-moi... Je vous en supplie.
- Aider à quoi ?! T'es pourchassé pour des trucs qui n'ont rien à voir avec moi, alors qu'est-ce que j'en ai à foutre ?! Chacun ses problèmes après tout ! Donc, moi, je rentre chez...
- Police ! Pas un geste !
En parfaite synchronisation, Ping et Yago se retournèrent vers la tête de girafe qui dépassait du muret de protection du toit de l'immeuble.
À cet instant, Ping décrivait mentalement le schéma qui allait se produire. S'il n'agissait pas tout de suite, les écureuils auront le temps d'escalader le cou de la girafe, et vu leur vitesse prodigieuse, cela serait approximativement dans moins de deux secondes.
Il s'en était fait des écureuils. En revanche, du côté girafe, ce serait un baptême.
À la vitesse éclair il dégaina son arme et tira directement trois balles dans la tête du mammifère qui hurla, et se tordit le cou. Gagné, les écureuils mettront un peu plus de temps avant d'arriver.
Ping commença à courir, oubliant les tensions qui serraient ses propres muscles dans un étau de la course précédente, et pensait que décidément, ce n'était vraiment pas son jour.
La suite de la course fut une succession de cascades, et pour la plupart, Ping ne se serait jamais cru capable de les faire. Ce fut lorsque le rythme diminua enfin, qu'il se demanda ce qu'il pouvait bien ficher à suivre ce petit animal sorti de nulle part et qui venait de lui gâcher, à coup sûr, sa semaine. Ils étaient suffisamment loin pour se permettre un arrêt. Ping débattit des ailes, endoloris par tant de sportivité subite. Oui, les manchots empereurs ne volent pas, il pouvait dire merci à toutes ses heures de musculation. Il rangea son arme sous son aile gauche, ce qui ne lui empêchait pas de mitrailler Yago du regard.
- Bon, alors, commença-t-il, tu m'as mis dans la merde maintenant. T'es content ?
Le petit animal dont la queue virevoltait avec le vent, pencha la tête sur la droite, pour marquer son incompréhension.
- Quoi ?! s'exclama Ping. Arrête de faire celui qui ne comprend rien !
- Tu ne me crois pas lorsque je te dis que je suis un lémurien ?
- Oh si ! rétorqua Ping du tac-au-tac. Maintenant que j'ai vu à quel point les flics voulaient ta peau, si !
- Oui... répondit Yago, baissant les yeux d'un air triste. Je ne sais pas combien nous sommes encore, mais une chose est sûre, je suis le dernier de ma famille, les autres ont été massacrés... On était cachés pas très loin de Central Park... Ils ont débarqué cette nuit et...
Les yeux de Yago s'emplirent de larmes, et Ping souffla, levant les bras au ciel. Il imagina contre son grès la scène. Une porte qui éclate. Des flics. Ces foutus écureuils pénétrant par escouades dans la pièce. Par les fenêtres, les têtes de girafes, encerclant le domicile en cas de fuite. Les lémuriens, apeurés, d'ors et déjà effondrés par la terreur. Et puis... Il crut entendre à nouveau les coups de feu qu'il avait donnés sur ses frères, comme si sa conscience lui criait que c'était peut-être enfin le moment de se racheter pour ses crimes passés. Yago avait enfoui son visage dans ses paumes. Le manchot passa une aile maladroite autour des épaules du petit primate.
Une chose était certaine : il venait de se fourrer dans un sacré pétrin.
5.
« Comme tous les animaux, on a acquis la faculté de parler, de raisonner, de réfléchir... En bref, on a acquis l'abstraction absolu de l'esprit de l'Homme. Enfin, c'est ce que l'on m'a raconté, je n'en sais rien au final. Moi, je suis né comme ça, comme toi, avec le don de parole. Pour nous, c'est quelque chose de naturel. Voilà... On discute, on chante, on achète, on vend... Tout ça, c'est naturel pour nous. On n'a pas connu le règne de l'Homme.
« Aujourd'hui, quand on dit « Homme », on ne pense pas comme nos milliards d'ancêtres au fait qu'il soit notre grand Maître, et qu'il domine le monde dans toute sa splendeur. Non. Aujourd'hui, l'Homme est une espèce en voie d'extinction, et quelque part, c'est notre faute. Tu vois, Ping, je ne suis pas sûr que nos prédécesseurs aient fait le bon choix en anéantissant l'espèce humaine. Après tout, c'étaient des animaux comme les autres, sauf qu'ils avaient compris des trucs que nous sommes seulement entrain de comprendre...
« On m'a raconté que le génocide humain n'a duré que cent vingt jours. Tu te rends compte ? Cent vingt jours pour exterminer neuf milliards d'êtres humains. Je sais que nous étions beaucoup plus, mais ils avaient les armes, et puis leur intelligence... Enfin, je veux dire, que eux, ils savaient s'en servir, alors que nous, nous ne l'avions que depuis quelques semaines. C'est pour ça que ça a été une vraie boucherie. Les animaux n'ont fait preuve d'aucune stratégie, si ce n'est celle du score le plus élevé. Qui en tuera le plus ?
« Je sais que quasiment toutes les populations étaient d'avis qu'il fallait faire payer à l'Homme le fruit de ses crimes, mais... Il y avait aussi des animaux qui étaient contre, je le sais. Les lémuriens aussi ont participé au massacre, je ne le cache pas.
« Et quelques décennies plus tard, il devient de plus en plus difficile pour les hommes encore en vie d'échapper au nouveau règne animal. On m'a dit qu'ils seraient moins de cent milles encore en vie... Peut-être est-ce dû à d'anciennes légendes, mais ces derniers se sont mis à croire que les lémuriens pouvaient tout faire basculer. Certains contes, histoires ou légendes nous avaient donné cette aura de créatures mythiques, alors qu'il n'en est rien. Quand le génocide humain a débuté, les hommes survivants se sont mis à croire que nous seuls pouvions, grâce à un mystérieux gène ou je ne sais quoi, les faire redevenir tout-puissants. Hélas, c'est loin d'être le cas. En quoi serions-nous différents des autres animaux maintenant ? Nous avons toujours été placés au coeur d'une mythologie insensée, alors que nous sommes des animaux comme les autres ! Comme toi, Ping ! Comme toi, j'ai envie d'argent, et qu'on laisse les miens tranquilles ! Les hommes ont fait de l'humanisation des lémuriens un véritable enfer. Une prophétie a même été jusqu'à inventer l'existence d'un Dieu en forme de lémurien qui sauvera les hommes, et fera perdre aux bêtes toutes leurs facultés acquises, inversant ainsi la tendance, et nous faisant retourner à l'état d'esclaves de l'espèce humaine...
« Evidemment, lorsque les autorités animales ont appris cette histoire de prophétie, elles n'ont voulu courir aucun risque. Et voilà pourquoi, mon peuple aussi est victime d'un véritable génocide... Un génocide au nom du « au cas où... ». L'Homme est perdu dans d'abominables croyances, pensant que cela l'aidera à surmonter l'échec qu'il est entrain de subir.
« Et moi dans tout ça ? J'essaye seulement de survivre, au final, je ne suis pas si différent d'eux. J'essaye de vivre chaque jour un peu plus, avant que la mort ne m'atteigne, et je sais qu'elle m'atteindra, car l'Homme, cette fois, est en bas de la chaîne alimentaire.
« Mais je crois que j'ai un rôle à jouer dans cette histoire. Tu sais, Ping, c'est peut-être un signe que l'on se soit rencontrés... Je pense que l'on devrait prévenir les hommes que cela ne sert à rien de chercher des lémuriens. Je pense qu'ils doivent savoir la vérité. »
6.
Ping finit sa cigarette.
- Il est temps d'y aller, la route est longue, dit-il en regardant la Lune.
- D'accord, répondit Yago en cramponnant son nouveau sac à dos.
- Il paraîtrait que les hommes ont une planque dans le quartier de Brooklyn. Ils se feraient appeler les Témoins de l'Armageddon, c'est une sorte de code. C'est un serpent qui m'avait raconté ça quand il était venu chercher sa dope, il y a une paire de semaines déjà, mais ils les avaient croisés. Il disait qu'ils étaient cinquante, au plus. Je ne sais pas encore comment on pourra les trouver, mais on verra ça une fois arrivés à Manhattan. On ne voyagera que la nuit, et le plus loin possible des lieux d'attraction, peut-être même qu'on fera quelques stages dans les égouts. Voilà, tout ça parce que je pense que maintenant, je suis aussi recherché que toi, et qu'à tous les coups, mon appartement est déjà en miettes. Si j'y retourne, je plongerais aussi pour trafic de stupéfiants, et ça, ça me tente moyen. On est prêts ?
Il rengaina son arme sous son aile.
- On est prêts, confirma le lémurien.
Ping ne savait pas dans quelle genre d'aventures il s'embarquait, la seule certitude qu'il portait en lui était que les flics le considéraient dorénavant comme complice d'un lémurien, et la pendaison ne l'attirait guère, alors autant fuir. Fuir pour aller où ? D'emblée, il fallait être réaliste. Cela ne pourra durer éternellement.
Au fur et à mesure que les jours passaient, il fallait bien constater que les mauvaises rencontres s'étaient succédées, et la recherche des Témoins de l'Armageddon s'annonçait de plus en plus complexe.
La chose la plus étrange qu'il eut remarqué, était que les flics qu'il avait malencontreusement croisé, semblait se moquer de lui, comme si personne n'avait jamais su qu'il avait aidé un lémurien. Après tout, ce n'était peut-être pas insensé. Il avait abattu la girafe, et les écureuils ne les avaient pas rattrapé, donc, peut-être que les autorités n'ont jamais su que Yago avait un compère manchot.
Les deux acolytes discutaient peu, se concentrant la plupart du temps pour échapper aux regards des autres, tels des fantômes aux corps matériels. Ping se chargeait de la chasse aux informations, et traînaient souvent le soir dans des bars à l'ambiance louche dans les quartiers malfamés afin de glaner quelques précieux indices, mais les Hommes étaient le sujet tabou par excellence.
C'était un soir identique aux autres, vierge de toute révélation, que Ping s'affaissa contre le mur terminal d'une petite ruelle, sombre et humide, planquée derrière un amas de poubelles. En bref, l'endroit parfait pour disparaître le temps d'une nuit. Yago sortit alors de l'ombre, comprenant sans aucun doute le sentiment de son ami, qu'il partageait entièrement.
- On y arrivera jamais, lâcha le manchot.
- C'est vrai que cela devient difficile... répondit en un souffle le lémurien.
- Je sais pas... Je vois pas ce qu'on pourrait faire de plus.
Soudain, un bruit de couvercle métallique tétanisa le silence à moins d'un mètre de là. Ping se releva brutalement, tirant son arme, répondant dans le mutisme de la nuit au « oh » de stupéfaction lâché par Yago. Aucun échappatoire, le dos collé au mur, le bout des plumes sur la détente, Ping attendait que quelque chose sorte de devant le tas d'ordures. Il entendait de petits bruits de pattes escaladant les sacs, ce ne sera plus très long. Il fléchit instinctivement ses courtes jambes, au cas où il devrait sauter pour agripper la tête du gêneur.
Et apparurent alors deux petites oreilles de chat. Sans chercher d'autres explications, le manchot bondit dans sa direction, empoigna la tête de l'animal de son aile gauche, et le projeta en un seul coup vif et puissant contre le mur. Il ne miaula même pas, tellement surpris et probablement sonné de l'impact qu'il était.
- Bouge pas ! lui murmura Ping au creux de l'oreille, arme pointée sur sa tête.
- Qu...Quoi ?! bredouilla le chat.
Il tenta de se remettre sur ses quatre pattes, mais impossible : de sa patte gauche, Ping le maintenait plaqué contre le sol.
- J'ai rien fait ! J'ai rien fait ! cria le chat. Putain je le jure, j'ai rien...
- Ta gueule !
Le chat se tut sur le champ. Il déplaça alors son regard en direction de Yago, calé dans l'angle du mur. Ping vit alors ses pupilles se dilater comme si elles étaient un objectif d'appareil photo en plein zoom.
- Merde... dit-il entre ses dents. Pas poss...
Ping appuya le canon de l'arme contre sa tempe. Le chat miaula, fixant toujours le lémurien.
- J'ai pas le choix. Désolé, déclara le manchot à l'attention des deux présents.
Il glissa le bout de son aile contre la détente. Mais quelque chose retint son attention. Sous la maigre lumière et entre les poils, il sembla voir comme une marque dans l'oreille de l'otage. Il orienta alors la tête de la bête d'une autre manière. Oui, il y avait bien quelque chose. Un tatouage.
- Hey, le chat, tu fais quoi avec un tatouage au creux de l'oreille ? Je croyais que ça n'existait plus toutes ces conneries de carte d'identité...
Une lueur traversa son visage, crispé, il ne sut quoi répondre... et sous la menace persistante de l'arme, soudain, sa langue se délia.
- Okay, j'avoue ! commença-t-il. C'est une sorte de code entre différentes factions... En fait, je suis un chat-espion, et ce tatouage aide à nous repérer entre chat-espions...
- Des chat-espions ? Qui portent haut et fier une balise ? commenta Ping. Voilà qui n'est pas très discret... Je ne crois pas à tes salades. Surtout avec le boucan que tu as fait tout à l'heure !
- Bon, okay okay ! Je suis un chat de reconnaissance entre différentes factions, mais je ne suis pas un espion ! Juste un messager, un facteur, la Poste quoi !
- La... Poste ? demanda Ping, intrigué.
Quelque chose clochait. La Poste, si Ping se souvenait bien, était un service d'échange de courriers ancestral entre les hommes. Comment se fait-il qu'un chat utilisait ce terme lors d'un moment de crainte, de panique ? A moins qu'il ne s'agissait encore d'un code, couramment employé dans son milieu... Mais les animaux ne l'employaient pas. Se pourrait-il que... ?
- T'es un collaborateur, c'est ça ? vociféra Ping, dans une voix teintée à la fois d'exaltation et de peur. Tu bosses avec des hommes ? Tu connais des hommes ?!
- Oui... pleurnicha le chat, sous la pression grandissante de l'arme.
- Je rêve... souffla le manchot.
Une fois remis de ses émotions, le chat raconta.
7.
« En effet, il existe des chats, des chiens, des oiseaux... qui bossent pour les hommes. Ce sont eux que l'on appelle les collaborateurs. Vous pouvez le constater, ce n'est pas un mythe... Mon père et ma mère travaillaient pour les hommes, ils étaient issus d'une longue descendance de chats, descendants directs de véritables Témoins de l'Armageddon, c'est-à-dire ceux qui ont vu le virus envahir toutes les espèces animales et tout ce qui s'en suit, y compris le génocide. Mais d'après ce que mes parents m'ont raconté, ma famille est restée fidèle à ce qu'elle considérait être comme la sienne, ils sont donc restés auprès de ceux qui leur avaient donné un toit, une litière, et tout ce genre de trucs qu'un animal domestique a besoin. J'ai perpétué la tradition familiale, en quelque sorte. Je suis resté proche de l'Homme.
« L'arrivée du virus a changé bien des choses, hélas. En effet, si on peut tuer sans pitié un être humain, et c'est même un devoir selon la loi, et bien, il en est de même en ce qui concerne les collaborateurs, je veux dire par là, tout animal ayant des contacts proches ou éloignés avec l'Homme. C'est pourquoi, pour passer inaperçu auprès du peuple animal, nous avons ce petit tatouage au creux de l'oreille. Personne, sauf nous, en connaissons l'existence, c'est un code secret en quelque sorte.
« Les collaborateurs ont différentes tâches, comme trouver à manger, surveiller, protéger les planques, échanger du courrier entre les factions, on appelle faction un groupe d'hommes... Ou alors tout simplement se renseigner sur l'état du monde alentours, ça, c'est mon job, par exemple. On a même des infiltrés chez les flics. Et on a bien sûr, notre propre escouade de recherches de lémuriens.
« Les hommes se rattachent énormément à cette prophétie. C'est devenu une religion à part entière. Ping, Yago... quoique que vous ayez à dire, il faut que vous m'accompagniez. Il y a une planque à moins de deux heures d'ici. »
8.
S'enchaînèrent de sombres ruelles, d'infectes caves, de répugnants égouts. Et soudain, une meute de crocodiles, au détour d'un virage sous-terrain, leur bloqua le passage.
- Restez derrière moi, leur informa Bruce, le chat.
Le plus massif des crocodiles passa en tête, face au chat.
- C'est qui eux ? gronda-t-il.
- Un manchot empereur et un lémurien... répondit le matou calmement.
Le crocodile remua alors, comme secoué par un spasme, et des murmures s'élevèrent entre la troupe de gardes. Puis, tous s'écartèrent, et le chat fit un signe de tête à ces deux acolytes pour avancer. Les regards d'une vingtaine d'armées dentaires braquées sur eux, ils avancèrent jusqu'à une sorte de terrain en ciment, plat et où l'on avait dressé des tentes. Un enfant jouait tout prêt, et salua le chat... puis stoppa net. Il ouvrit la bouche, comme s'il voulait parler, mais rien ne sortit. Une dame sortit d'une tente non loin, et elle eut la même réaction, accompagnée cette fois d'un petit cri d'étonnement. Stupéfaite, elle ne bougea pas, restant fixée du regard en direction du lémurien.
Ping et Yago contemplaient cet étrange spectacle, auquel se joignaient de plus en plus de personnes. Ce fut la première fois que le manchot empereur voyait des hommes, et ils n'étaient pas différents des photographies qu'il avait pu voir. Ils semblaient si inoffensifs, si normaux, si gentils... Comment ont-ils pu pendant tant de siècles dresser les animaux de toutes espèces en de parfaits esclaves ?
Un vieil homme s'approcha, bouche béante.
- Mon Dieu... Seigneur... murmurait-il. Comment est-ce possible ? Vous êtes...
- Oui, se contenta de répondre Yago.
- Mon Dieu ! s'exclama de nouveau le vieillard. Depuis tant d'années que nous cherchons un lémurien, depuis tant de temps ! La prophétie va enfin pouvoir s'accomplir, merci mon Seign...
- Non ! coupa froidement et à forte voix le lémurien.
La foule sembla se taire un instant.
- Non ! répéta-t-il une fois encore afin d'être bien sûr de se faire entendre de tous. Je... Je suis désolé. Nous ne sommes pas ceux que vous croyiez. Nous ne sommes pas des êtres doués de ce mystérieux don de guérison... Non... Tout ceci n'est que fabulation...
Incrédules, les gens tout autour palabraient au hasard, juraient, pleuraient... Ce chant était d'une douleur incomparable.
- Ne vous inquiétez pas, lui souffla le vieillard. On s'en doutait bien, au fond. Laissons-leur le temps de comprendre que Dieu a disparu... de nouveau.
Deux jours passèrent, et Ping et Yago s'intègrent rapidement dans la communauté humaine et collaboratrice. Mais Ping en avait plus qu'assez de ne pas savoir si son appartement avait été pillé ou pas, et de plus en plus, montait en lui l'envie d'y retourner prendre quelques affaires, afin de s'installer définitivement au sein de cette communauté, qui malgré tout ce qu'il avait pu en penser, était si paisible, bien que sur un permanent qui vive.
- Vous êtes sûr que vous ne voulez pas d'escorte ? demanda Bruce à l'intention de Ping et Yago.
- Non, ne t'inquiète pas mon ami, tout ira pour le mieux, répondit le manchot. On a l'habitude, on devrait être revenus d'ici cinq jours, au grand maximum. Voici mon adresse, au cas où...
Il tendit au collaborateur un bout de papier où il avait griffonné cette petite information.
- Merci... Alors bonne route, et à très vite, leur sourit le chat.
La route du retour parut étonnamment plus courte et sans embûche, et Ping retrouva son immeuble en moins de deux jours. Le coeur battant à tout rompre, il rentra, Yago lui emboîtant le pas. Vingt jours qu'il n'y avait pas mis les pattes, et rien n'avait bougé. Sa collection d'armes était toujours sur le mur derrière le sofa, trônant derrière le désordre habituel de la table basse.
- C'est quoi ça ? demanda le lémurien en pointant du doigt une boule de métal sur une étagère entourée de chargeurs de pistolet.
- Pas touche, répondit précipitamment Ping. C'est une grenade. Paraît que si t'enlèves ce truc-là, sept secondes plus tard ça fait boom ! Vaut mieux éviter de jouer avec, si tu vois ce que je veux dire.
Et il adressa un clin d'oeil amical au petit primate. Il caressa alors sur une autre étagère un lourd collier, en or massif, orné d'un colossal « P ». Il l'enfila, sans se poser de question.
Soudain, la fenêtre vola en éclats, et deux masses surgirent au travers. Sans le moindre temps de réaction, Ping reçut un coup sur la tête, et le noir de ses plumes ressembla instantanément à celui de son esprit.
9.
La douleur sur le haut de son crâne était abominable, et sa bouche lui était pâteuse, comme s'il avait mastiqué durant des heures du carton. Il ouvrit les yeux avec difficulté, mais une chaleur au-dessus de sa tête le faisait lutter contre l'ouverture de ses paupières. Il sentit ses ailes attachées, ses fesses enfoncées sur une chaise miteuse en bois pourri.
- Hey le pingouin ! Maintenant que t'es réveillé, tu vas nous dire où a filé ton petit copain... s'éleva une sombre voix toute proche.
Il réussit enfin à ouvrir les yeux. Le premier homme qu'il aperçut était à côté de la porte, sur sa gauche, et arborait tout aussi fièrement un fusil à pompe et un béret. Devant lui se dressaient deux autres hommes, armés jusqu'aux dents.
- Dis-le nous, et je te jure qu'on fera en sorte d'abréger ta torture, lui souffla un des deux au creux de l'oreille.
Il repensa à Yago, qui avait donc réussi à fuir l'attaque surprise de ces hommes dans l'appartement. Quel sacré animal... Ping fixa droit dans les yeux le primate le plus proche. D'habitude, c'était plutôt lui qui torturait les autres. Mais aujourd'hui, la tendance s'était inversée. En aucun cas, il n'allait leur dire quoique ce soit. Non, ces enfoirés pouvaient toujours courir jusqu'en Sibérie, et même s'il devait y rester. La fierté, il l'avait toujours en lui, ça, il n'allait pas l'oublier.
Ces hommes, tous les mêmes, pensa-t-il.
Mais jamais, il n'aurait imaginé que la torture aurait été si lourde, si pénible, si violente. Il finit par inventer une histoire sur sa rencontre avec le lémurien. Comme quoi il ne le connaissait pas, mais l'avait juste croisé un soir sur le toit de son immeuble, et qu'après, il était parti retrouver ses racines dans le Bronx...
Les hommes avouèrent alors qu'ils s'étaient trompés, qu'au final, Ping n'avait rien à voir avec cette fichue histoire, et qu'ils avaient alors surveillé depuis vingt jours inutilement son appartement. Leur conclusion fut que le manchot avait été au mauvais endroit, au mauvais moment, voilà tout.
Et la conclusion de Ping fut que lorsque les liens de ses ailes se desserrèrent, il heurta le sol, quelques fractions de seconde avant que sa respiration ne cesse, accompagnée de chaudes larmes mourant noyées sur le sol visqueux de son propre sang.
10.
Yago avait réussi à s'échapper du guet-apens de l'appartement. Son pas était plus décidé que jamais. Il resterait pour toujours au sein de la communauté d'hommes qu'il avait rencontrée quelques jours auparavant.
Sa prophétie allait enfin se réaliser. Qui a dit que l'Homme était le seul à posséder un Dieu ?
Après le passage des crocodiles, il plongea la main dans son sac à dos. Il était un peu plus de dix-neuf heures et tous les humains étaient rassemblés autour du grand feu central, mangeant et discutant. Le vieil homme fut le premier à remarquer le retour du petit animal.
- Tiens donc Yago, je n'attendais pas ton retour de si tôt ! s'exclama-t-il joyeusement.
Il obtint une bien étrange réponse, se résumant en un sourire d'un effroyable sadisme de la part du lémurien qui était maintenant à côté du feu de camp, au quasi-centre de la troupe humaine.
Ces hommes, tous les mêmes, pensa-t-il.
Six secondes et demie plus tôt, d'une main fourrée dans son sac à dos, il avait dégoupillé la grenade qu'il avait volée à Ping.
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Commentaires (2)
1. ss 09/07/2009
dsad
2. Dinckel Kévin 15/06/2009
Nickel ! Nickel nickel nickel ! J'ai décelé juste une erreur d'orthographe ligne 22 du chapitre 2 : Manhattant n'a pas de T